On entend souvent dire : « L’eau va toujours à la mer », mais lorsqu’elle ne trouve pas son chemin, elle finit souvent… chez nous. Dans de nombreuses zones urbaines, notamment à Port-de-Paix, l’eau qui devrait normalement s’écouler librement à travers les caniveaux devient une source d’angoisse et de dégâts, particulièrement en saison de pluies.
Quand les caniveaux deviennent des menaces
Les caniveaux, ces rigoles creusées le long des routes pour drainer les eaux de pluie, sont censés protéger la population contre les inondations. Mais à Port-de-Paix, comme dans de nombreuses autres villes haïtiennes, ces structures ont été détournées de leur fonction première. Elles se sont transformées en poubelles publiques à ciel ouvert.
Sacs plastiques, restes alimentaires, gravats, bouteilles, déchets ménagers… rien n’y échappe. Résultat : les canaux sont obstrués, l’eau stagne ou déborde, et les inondations se multiplient. Ce phénomène, loin d’être banal, expose directement les populations à des risques sanitaires et matériels.
Des conséquences graves et évitables
Lorsque les caniveaux sont bouchés, les eaux de ruissellement, au lieu de s’écouler vers les égouts ou les rivières, s’engouffrent dans les maisons, les commerces, les écoles. En plus des pertes matérielles, ces inondations favorisent la prolifération de maladies hydriques : diarrhées, infections de la peau, paludisme, choléra, etc. De plus, les déchets déversés en masse entraînent la dégradation de l’environnement et affectent la biodiversité locale.
Ironiquement, l’eau, source de vie, devient alors source de destruction, simplement parce que ses voies naturelles sont obstruées par notre propre négligence.
Une responsabilité partagée
Ce problème n’est pas seulement celui des autorités locales. Chaque citoyen a un rôle à jouer dans la préservation et l’entretien des infrastructures publiques. Jeter ses déchets dans les caniveaux, c’est participer activement à la destruction de son propre environnement. Il est donc impératif d’encourager une prise de conscience collective sur la nécessité de garder les caniveaux propres et fonctionnels.
Les écoles, les leaders communautaires, les associations et les médias doivent s’impliquer dans la sensibilisation et l’éducation environnementale. Des campagnes régulières peuvent être organisées pour rappeler l’importance de gestes simples, mais essentiels : trier ses déchets, utiliser les poubelles, éviter de déverser de la terre ou des gravats dans les rigoles, etc.
Le rôle de l’État et des collectivités
Il revient également aux autorités municipales et nationales de mettre en place ou de renforcer un système d’entretien régulier des caniveaux. Cela passe par le curage périodique, la mise à disposition de bennes à ordures, la surveillance des zones critiques et des sanctions contre les comportements irresponsables.
L’État doit également investir dans l’aménagement urbain durable, avec des caniveaux plus résistants, mieux conçus, et adaptés aux réalités locales du changement climatique.
Conclusion
Les caniveaux ne sont pas des dépotoirs. Ce sont des infrastructures vitales pour la sécurité et la santé publique. Leur obstruction par des déchets est un problème évitable, causé en grande partie par l’irresponsabilité collective. Si nous voulons vivre dans des quartiers sains, propres et résilients, nous devons tous agir — citoyens, autorités, institutions — pour redonner aux caniveaux leur fonction première : celle de nous protéger.

PAPA : Pou Anviwónman Pou Ayiti.
